COMMUNAUTÉS VIABLES DANS UN MONDE EN PLEINE INTÉGRATION

Cette déclaration a été présentée par la Communauté internationale baha'ie à la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II).

Istambul, Turquie
3-4 juin 1996


A l'approche du XXIe siècle, gouvernements, organisations et peuples dépensent une énergie considérable à faire de leurs communautés des lieux de vie socialement animés, unis et prospères. La Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), qui vient s'ajouter à la série des grandes conférences mondiales de cette décennie, en est un jalon qui laisse présager des progrès considérables pour le développement communautaire.

Toutefois, les actions de construction communautaire ne porteront leurs fruits à long terme que si elles associent progrès matériel et aspirations spirituelles fondamentales, qu'elles répondent à l'interdépendance croissante des peuples et des nations de la planète, et qu'elles instaurent un cadre où tous les peuples pourront prendre une part active à la gestion des affaires publiques de leur société.

C'est sur ces trois conditions essentielles à l'établissement d'une communauté viable que portent les commentaires suivants.

Correspondance entre progrès matériel et principes et priorités spirituels.

La nature humaine est fondamentalement spirituelle. Aussi est-il peu probable que des communautés prospèrent durablement sans tenir compte de cette dimension spirituelle ni chercher à développer une culture qui donne la primauté au développement intellectuel, émotionnel, éthique et moral de la personne humaine. C'est dans un milieu de ce type que l'individu a des chances de s'engager de manière constructive, de s'orienter vers le service à autrui, de travailler pour le bien-être matériel et spirituel de la communauté, et de développer une vision commune et partager le sentiment d'une mission également commune.

Par conséquent, il est nécessaire que la dimension matérielle du développement communautaire - environnement, économie, politique sociale, production, distribution, communication, systèmes de transport, et processus scientifique, juridique et politique - s'inspire de principes et de priorités spirituelles. Or on constate aujourd'hui que le développement communautaire s'appuie essentiellement sur des considérations d'ordre matériel.

Le défi à relever consiste donc à redessiner et à développer nos communautés autour de ces principes universels que sont l'amour, l'honnêteté, la modération, l'humilité, l'hospitalité, la justice et l'unité, facteurs de cohésion sociale dont aucune communauté, même économiquement prospère, intellectuellement riche et techniquement avancée, ne saurait se passer éternellement.

Pour ce faire, il faudrait tenir compte des considérations et principes suivants:

Vers une interdépendance croissante des peuples et nations du monde

Peuples et nations se rapprochent au fur et à mesure qu'ils deviennent de plus en plus dépendants les uns des autres. Toutes les concentrations humaines du monde - du hameau à la mégapole, en passant par le bourg, le village, la ville, petite ou grande - accueillent des populations de plus en plus variées. Cette interdépendance croissante et la multiplication des relations entre peuples différents lancent un défi fondamental aux anciennes manières de penser et d'agir. C'est la façon dont nous, individus et communautés, allons relever ce défi qui fera de nos sociétés des communautés riches, cohérentes et développées ou au contraire, des ensembles inhospitaliers, divisés et non viables.

Face à ces défis, L'unité dans la diversité sert à la fois de vision d'avenir et de guide pour la communauté mondiale. Cette unité doit non seulement marquer les relations entre nations, mais s'appliquer aussi aux communautés locales et nationales pour qu'elles prospèrent et se développent durablement. Appliquer ce principe pour remodeler et développer les communautés du monde aurait des effets unificateurs et bénéfiques incalculables, tandis que s'abstenir de relever convenablement les défis d'un monde qui rétrécit sans cesse, aurait des conséquences désastreuses.

A l'évidence, l'humanité doit se préparer à saisir les occasions et à assumer les responsabilités qu'annonce cette interdépendance grandissante. Les peuples ont besoin d'acquérir les connaissances et les compétences et d'adopter les valeurs et les comportements qui leur permettront d'aider à façonner et à construire la communauté mondiale en toute confiance et à tous les niveaux, pour qu'elle incarne la justice, l'équité et l'unité. Le rôle de l'éducation à cet égard est indispensable pour aider l'individu à développer en lui un sentiment d'appartenance qui, loin de se limiter à la communauté locale ou à la nation, s'étende au monde entier3. Elle servira à cultiver la vertu pour en faire le fondement du bien-être personnel et collectif, et susciter chez les uns et les autres un attachement profond au bonheur de la famille, de la communauté, du pays, enfin, de l'ensemble de l'humanité4. Elle devra aussi les encourager à penser l'histoire en termes de processus, comme un inexorable mouvement vers une civilisation mondiale, mouvement dont les victoires sont le patrimoine commun de tous les peuples et dont nous devons désormais, en tant que race humaine unique, apprendre à relever les défis.

Vers des modes de gouvernance plus participatifs, fondés davantage sur la connaissance et d'inspiration morale plus marquée.

Les modèles descendants (du sommet vers la base) de développement communautaire ne peuvent plus répondre aux besoins et aux aspirations du monde moderne. Il faudrait donc que la communauté mondiale se tourne vers des systèmes de gestion des affaires publiques plus participatifs, fondés davantage sur la connaissance, et d'inspiration morale plus marquée, permettant aux populations de prendre en charge les mécanismes et des institutions qui affectent leur vie. Ces systèmes doivent être démocratiques dans l'esprit et la méthode, et se retrouver à tous les niveaux de la société, y compris à l'échelon planétaire. La consultation,5 qui est l'expression concrète de la justice dans les affaires humaines, devra devenir l'instrument essentiel de la prise de décision.

Naturellement, les anciennes façons d'exercer l'autorité devront faire place à de nouveaux modes d'exercice du pouvoir. Il faudra revoir notre façon de voir les choses dans ce domaine et y intégrer la prise de décision et l'action collectives. Cette nouvelle conception trouvera son expression la plus élevée dans le service à l'ensemble communauté dans son ensemble.

Vers une communauté commune, une destinée commune

En définitive, les communautés qui fleuriront et prospéreront au prochain millénaire seront celles qui auront pris conscience de la dimension spirituelle de la nature humaine et qui auront placé l'épanouissement moral, affectif et intellectuel de l'individu au cœur de leurs priorités. Elles garantiront la liberté de religion et encourageront la construction de lieux de prières. Leurs centres universitaires chercheront à cultiver les potentialités latentes illimitées dans la conscience humaine et par dessus tout à faire participe tout le monde à la production et à l'application du savoir. Ne perdant jamais de vue le caractère indissociable des intérêts de l'individu et de ceux de la société, ces communautés favoriseront le respect des droits comme des responsabilités, cultiveront l'égalité et le partenariat entre femmes et hommes, et protégeront et éduqueront les familles. Elles intégreront la beauté qu'elle soit naturelle ou créée par l'homme, et feront la part belle en architecture aux principes de préservation et de réhabilitation de l'environnement. S'inspirant de la notion d'unité dans la diversité, elles encourageront largement la participation aux affaires de la société, et se tourneront de plus en plus vers des dirigeants motivés par le désir de servir. Les fruits de la science et de la technologie bénéficieront à l'ensemble des membres de ces communautés et il y aura du travail pour tous.

Les communautés de ce type apparaîtront comme les piliers d'une civilisation mondiale qui viendra logiquement couronner les longs efforts déployés par l'humanité dans de vastes régions en matière de construction communautaire. L'affirmation de Baha'u'llah, selon laquelle tous les êtres sont "nés pour faire avancer une civilisation en progrès constant", implique que tout un chacun a à la fois le droit et la responsabilité de contribuer à cette vaste entreprise collective et historique dont l'objectif n'est autre que la paix, la prospérité et l'unité de l'ensemble de la famille humaine.6



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